Nous nous étions quittés la dernière fois sur le fait qu’un leader souhaitant manager sa société avec une « bonne » business attitude devait transformer son entreprise en organisation et ainsi générer une fierté commune d’appartenir et de s’identifier à cette entreprise… Soit, me direz-vous ! Mais alors comment provoquer cette mutation quasi génétique de manière naturelle ? En faisant de votre entreprise une cause, tout simplement !

L’excellent auteur et conférencier Michaël Aguilar donne un exemple on ne peut plus parlant dans sa superbe conférence « Vendeurs d’élite » (cliquez ici pour voir le teaser de la conférence). Il y parle notamment de prospection et observe à quel point il est difficile pour le mental de passer des coups de téléphone dans le vide, de subir des refus, ou encore de prendre des portes dans la figure à longueur de journées… Dans ce registre, il explique qu’il existe pourtant une population de « vendeurs » prêts à subir tout cela sans broncher, et même à y revenir inlassablement : les Témoins de Jéhovah ! Pour une raison très simple : ils croient dur comme fer en leur Cause. Et ça n’a rien de religieux ! Lorsqu’une organisation arrive à générer un véritable sentiment d’appartenance quelle que soit la cause qu’elle défend, sa population est prête à s’investir corps et âme… elle devient fidèle et solidaire parce qu’elle fait alors partie de quelque chose de plus grand et de plus important qu’elle : une Cause. Revenez au début de la phrase précédente et remplacez les termes « organisation » par « entreprise » et « population » par « salariés » : vous comprendrez alors aisément à quel point suivre l’exemple du « non-profit », comme disent les Anglo-saxons, prend tout son sens et devient même une évidence.

Pas d’identité, pas de fidélité

C’est précisément cette cause qui finira par devenir synonyme d’identité. Et l’identité d’un ensemble – qu’ils s’agisse d’une nation, d’un peuple, d’une organisation, d’une communauté, … – prend principalement racine dans sa Culture. D’où l’intérêt quasi vital pour une entreprise d’avoir une vraie culture. Pas de culture, pas d’identité. Pas d’identité, pas de repères, pas d’ancrage, pas de fidélité, pas d’attrait. Comme l’écrit Didier Pitelet dans « Le pari de la culture : petit éloge de la culture d’entreprise » : quand les entreprises n’ont pas instauré de culture, « elles ont initié une relation strictement matérialiste avec leurs candidats et leurs salariés (…) Comment s’étonner alors que pour bon nombre de salariés, l’entreprise se résume à un lieu où l’on vient surtout chercher un salaire ? (…) En revanche, quand la culture est forte, les entreprises attirent les candidats en leur offrant cette possibilité de faire un choix et peu importe alors qu’elles soient grosses ou petites, sur un secteur attirant ou non. Si le candidat s’y reconnaît, il y viendra ; si le salarié s’y reconnaît, il y restera. Cela va être déterminant parce que les salariés refuseront de plus en plus de sacrifier ce qu’ils sont en tant qu’êtres humains, et ne voudront pas renier ce en quoi ils croient. »

Appartenance - Cause - - Génération Business Attitude

Lucrativité oui, argent à tout prix… non !

Voilà bien l’esprit et le sens que les nouvelles générations, en particulier la Z (autrement appelée Millennials) semblent vouloir donner à leur statut de salariés ou à leur manière de manager. Cette volonté de replacer l’humain au-dessus de l’argent semble en effet très ancrée au sein de cette tranche d’âge. D’après Olivier Schmouker : « Conscientisés dès l’enfance au monde qui les entoure, les jeunes de la génération Z croient qu’il est important de contribuer au mieux-être des autres et souhaitent que leur employeur montre une certaine conscience sociale. » Cette génération est convaincue qu’elle doit aimer ce qu’elle fait et surtout pourquoi elle le fait. Cette quête de sens est en totale adéquation avec la philosophie humanitaire qui remet l’argent au second plan. C’est pourquoi d’après Elodie Gentina, « pour 88% de cette génération, le salaire est la dernière raison qui les motiverait à rester dans une entreprise ». Plutôt rassurant, non ?

Il semblerait donc bien que regarder du côté caritatif serait riche d’enseignements. Sans pour autant rejeter la lucrativité. Car précisons bien que générer des profits est un objectif tout à fait louable en soi. Gagner de l’argent n’a rien de malsain ou de choquant. Mon but est simplement de démontrer ici que c’est en privilégiant l’Homme, la solidarité, l’éthique, en inversant le schéma classique, c’est-à-dire en ne se focalisant pas sur l’argent roi façon Graal, qu’une entreprise pourra non seulement être profitable, mais éviter également bien des déboires. Car comme le dit l’historien Richard White « quand une population a comme unique but la recherche de l’enrichissement, il y a un risque que les pires instincts des individus ressortent. » Malheureusement, il suffit d’allumer sa télé pour nous en rendre compte, que ce soit dans les entreprises comme dans de nombreux pans de notre Société.

Gageons que les nouvelles générations ne perdront pas leurs convictions et leurs notions de « bonne business attitude » en vieillissant. Car l’enjeu dépasse largement le monde de l’entreprise : il en va de l’avenir du monde tout court.

Culture Millenials - Génération Business Attitude